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La Tapisserie monumentale de "l'Allégorie du souffle" d'Albas La Tapisserie monumentale de "l'Allégorie du souffle" d'Albas

La Tapisserie monumentale de "l'Allégorie du souffle" d'Albas

La génèse d'une oeuvre :

Sous les voûtes de l’église d’Albas, est abrité, certainement l’un des plus beaux éléments du patrimoine artistique cantonal, voire au-delà. Ce que l’on désigne familièrement ici, comme la Tapisserie d’Albas a un nom « L'Allégorie du Souffle ». Conçue Anne Cornaly, et réalisée avec Oana Damman et Francis Robert, soutenu par Christian Damman, cette oeuvre est une composition de « haute lice » (Tapisserie de haute lice ou lisse : le métier est dressé à la verticale, les fils de la trame sont passés d’abord dans un sens, puis dans l’autre, sur les fils de la chaîne qui sont ainsi complètement recouverts, endroit comme envers. Lorsque le métier est à l’horizontale, il s’agit de tapisserie de «basse lice») dont les dimensions atteignent 9m x 10m. Elle couvre entièrement le mur ouest de l’édifice, l’habillant ainsi de couleurs et de chaleur.
Composée de treize panneaux imbriqués les uns dans les autres, évoquant la Bible, c’est une oeuvre tout à fait exceptionnelle qui mérite que nous nous y attardions. Parmi tous ceux qui ont eu le privilège de l’admirer, bien peu ont conscience de ce qu’elle représente de travail et d’amour.

Pour le travail voici quelques données techniques :

Un an de préparation, élaboration des dessins et de la maquette, montage de la chaîne, 15 ans de travail, 17 000 heures devant le métier, 250 Kg de laine dont 30 Kg de perte. Et tous les «à-côtés» : choix des matériaux, assemblage de certaines laines, dédoublement d’autres, afin d’obtenir une plus grande finesse pour certaines nuances ; trente cinq couleurs entrent dans la composition.

Une histoire d’amour :

Il y a trente six ans bientôt, Anne et Christian attendent un heureux évènement. Mais voici que la petite fille qui vient au monde n’est pas une «enfant comme les autres». Oana est trisomique. Cependant la population d’Albas accueille cette petite fille, très intelligemment avec beaucoup de respect et d’affection. Anne en est très touchée. Alors avec le temps, elle eut envie de remercier ce village et tous ces habitants qui avaient su trouver le bon comportement avec son enfant… Et comme cette petite fille, quelques années plus tard, développa des qualités artistiques extraordinaires, Anne fut aidée dans sa tâche. Comme, par ailleurs, cette maman était aussi une artiste qui pratiquait la tapisserie depuis plusieurs années, elle avait remarqué que le mur du fond de cette petite église était pratiquement vide et pensa à l’habiller. Elle fit part de son intention à Jean Claude Montlaur, maire de la commune, qui adhéra d’emblée à cette idée. Comme on le comprend !

L’élaboration :

Et c’est à partir de là que commença la lente gestation qui devait aboutir à cette merveille. Commencèrent de grandes discussions entre Anne, Christian et Francis, l’enseignant d’Oana. Très vite, ils abordèrent les trois points importants : 1) Choix d’un thème, 2) Dessins, à partir desquels serait montée la maquette, 3) Couleurs qui donneraient soit douceur, force, chaleur, etc.

Le choix du thème : d’emblée, et vu la destination de la tapisserie, il fallait se tourner vers un thème religieux. Anne qui avait étudié la Bible, voulu reprendre les grandes figures ou symboles de l’Ancien Testament. Mais c’était sans compter sur ce que l’on appelle l’inspiration…Peu à
peu s’imposèrent, dans l’esprit d’Anne, des évènements du Nouveau Testament. Aujourd’hui on peut constater que la plupart des compositions retracent des épisodes importants de la vie publique du Christ : Baptême dans le Jourdain - Le Désert - Le Mont des Oliviers - Le Golgotha -
La Résurrection (qui porte la marque d’une fenêtre du Château de Puyvert) - La Pentecôte, et deux autres tableaux qui appartiennent également au Nouveau Testament : L’Aigle de St Jean et l’Apocalypse. Un seul élément est tiré de L’Ancien Testament : Le Déluge.
La Grande Rosace centrale, fait le lien entre les deux parties de la Bible : L’Hier et l’Aujourd’hui - le Passé et l’avenir - l’Ancien et le Nouveau. Le panneau le plus étrange, est celui de la Jérusalem céleste : la Terre promise, pas celle que les Hébreux attendaient, non, une « terra incognita », parfaite, absolue, inaccessible et qui porte tout ce qu’il y a en nous d’Espérance contenue…Et sa place au sein du panneau ajoute encore à sa percutance. Son dessin fut inspiré du Château de Peyrepertuse.

Les Dessins : C’est Anne qui créera les dessins. Il s’agit d’abord, de réfléchir aux formes qui seront le plus à même d’être travaillées sur le métier. Il faut que ce soit simple, pas de fioritures, pas d’excès, de la sobriété.

La Couleur : C’est maintenant un long travail de réflexion sur les couleurs que l’on choisira d’utiliser. Le groupe veut que les couleurs soient aussi l’expression de quelque chose de fort, de puissant ; il faudra retenir la notion de message. Il est important que ce tableau fasse apparaître la symbolique des couleurs, véhiculée par la tradition chrétienne. Et l’on introduira également les quatre éléments : l’Eau : la Vie - Le Feu : la Purification, la Lumière - La Terre : dont l’homme est issu – L’Air : La Spiritualité. Après cette lente mise en place, il restait à fabriquer la maquette d’après les dessins. Christian Damman avait un poste de responsabilité, au sein de la Comédie Française. Il sollicita donc les maquettistes de cette vénérable institution. Ceux-ci acceptèrent d’emblée et se chargèrent de ce gros travail. Il est à souligner que cette Maison apportera également un soutien financier.
Et voilà ! L’affaire était lancée… Il ne manquait plus …qu’à choisir les laines, tendre les fils de la chaîne, monter la lisse, reproduire la maquette, fil par fil, et après tout ce travail préparatoire, s’asseoir tranquillement sur un tabouret… pour 15 années de travail, en veillant sans arrêt à bien lisser, en surveillant dans le miroir, de ne pas faire de crapaud, et en faisant preuve d’une très grande concentration, 17 000 heures durant ! Heureusement, entre temps Oana et Francis s’étaient eux aussi « mis à la tapisserie », c’est donc une oeuvre collective qui nous est donnée à voir. Quatre panneaux ont été fabriqués à Paris, puisque les auteurs ne séjournaient que partiellement à Albas. Un panneau fut fait au village, dans la maison familiale des Damman, où Francis Robert avait installé le métier qu’il venait d’acheter . En 1998 J. C. Montlaur leur loua un petit local, pour une somme modique, ainsi s’ouvrit « l’Atelier d’Oana ». Le reste de la tapisserie fut donc exécuté à Albas dans le temps des vacances scolaires jusqu’en 2003 date de leur arrivée définitive à Albas. Le 30 Avril 2009, Anne mettra le point final à cette oeuvre formidable, avec une pointe de regret et une sensation de grand vide. Commencée en 1994, l’Allégorie du Souffle à été inaugurée dans la joie, le 8 Août 2009.

Source :

Lurio des 4 saisons, l'écho de la Berre à la Nielle n°18 - Communauté de Communes de la contrée de Durban-Corbières et Lurio-addl - Imprimerie AEC
 

Mot clés Métiers d'Art

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