La Berre
Son nom serait d’origine préceltique, comme celui de la ville de Narbonne qui s’appelait « Naro », la ville des eaux. Elle nait à Quintillan et son eau est alors à 24°, ce qui la distingue des nombreuses sources captées au pied du plateau de Lacamp. Le régime irrégulier des pluies en a fait, au cours de l’histoire géologique des Corbières, et avec les apports du Barrou, un torrent capable de creuser les Gorges de Ripaud.
Dans son cours supérieur, entre Quintillan et Cascastel, on trouve dans son lit après un épisode pluvieux, des débris de constructions et de nombreuses scories, surtout du fer. Ces scories témoignent de l’intense activité d’extraction minière dans les Corbières. Cette activité existait dès le VIe siècle avant notre ère ; elle alimentait le négoce du fer de Pech Maho qui se situe quelques mètres au-dessus de l’ancienne embouchure de la Berre à Sigean. Les Romains exploitèrent ces mines et créèrent des chemins vers Narbonne. Elles furent également exploitées à l’époque médiévale par les seigneurs locaux, sous le contrôle des Abbés de Lagrasse, puis au XVIIIe siècle, par des entrepreneurs concessionnaires ; au XIXe siècle et jusqu’à la seconde guerre mondiale pour certaines, par des sociétés concessionnaires.
Les fortes pluies de juillet 1328 ont détruit les récoltes et dévié le cours de l’Aude.L ’embouchure de la Berre se situe aujourd’hui sur la commune de Peyriac de Mer. L’histoire en a gardé la trace. Des événements catastrophiques, il y en eut d’autres, jusqu’à ceux de Novembre 1999, encore très présents dans nos mémoires.
Le caractère torrentiel du fleuve Berre étant connu, le Syndicat de la Berre s’est constitué dès 1968 afin d’assurer une gestion équilibrée du cours d’eau, dont la protection des biens et des personnes. Il regroupe aujourd’hui 15 communes du Bassin de la Berre et du Rieu.
Après la catastrophe de 1999, le SMMAR, Syndicat Mixte des Milieux Aquatiques et Rivières a été créé pour fédérer les syndicats de bassins. Le département de l’Aude fût précurseur en la matière et ce modèle de fédération est pris en exemple en France, car il est unique à cette échelle.
La Berre n’étant pas un cours d’eau « domanial », l’entretien de ses rives incombe aux riverains, propriétaires privés ou collectivités. Etant donné les enjeux de sécurité publique, le syndicat s’est substitué aux propriétaires pour les travaux importants notamment la gestion de la ripisylve. Cette organisation permet de trouver un cofinancement public des travaux : les communes, par le biais du syndicat investissent 30.000 € par an alors que le Conseil Général, l’Etat et des fonds Européens apportent les 80% restants de l’investissement annuel, soit 120 000 € HT supplémentaires.
Les interventions s’effectuent dans le cadre légal d’intervention de la Directive Européenne de protection et de gestion de l’eau 2000/60/CE et de la loi sur l’eau de 2006. Les élus montent les dossiers dans un cadre administratif et financier bien défini avec pour objectif la gestion équilibrée de la ressource en eau et la protection des habitations contre les inondations. Les berges n’étant pas à proximité d’enjeux (habitations) ne sont pas généralement protégées par des techniques de génie civil. La gestion des rives est planifiée, un cycle de traitement total s’étale sur trois ans.
La végétation, ainsi contenue, ne crée pas d’embâcles pendant les crues, elle ralentit l’écoulement de l’eau et des matériaux en suspension. La végétalisation des rives participe donc à la régulation des débordements.
La « chenalisation » de la rivière, créant des « couloirs d’écoulement » est responsable de l’érosion verticale de son lit et des ouvrages, mais aussi de nombreux dégâts lorsque des barrages se créent avant de céder, ainsi que du comblement des étangs par des matériaux divers.
Les étangs, compris dans le périmètre du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée, bénéficient d’une attention spécifique qui nécessite que des précautions soient prises en amont. En laissant faire la nature, on favorise le retour des espèces (faune, flore) qui redonneront à l’arrière pays son ancien cadre naturel authentique.
Une gestion cohérente de la rivière implique des actions cordonnées sur l’ensemble du bassin. Seules des infrastructures comme les routes ou les réseaux peuvent justifier des exceptions. Cette gestion n’est pas simple et touche à des domaines dans lesquels personne ne détient la vérité et qui font l’objet d’études approfondies réalisées par des experts de ces cours d’eau méditerranéens.
S’agissant des graviers ou atterrissements par exemple, les interventions devront suivre les préconisations des experts et être réalisées en concertation avec les élus gestionnaires. Les services de Police de l’eau, en application du code de l’Environnement, comme les gendarmes font appliquer le Code de la Route, autorisent ou interdisent l’intervention.
S’agissant de l’entretien courant des rives qui ne relève pas de l’intervention d’entreprises spécialisées, une des solutions adaptées serait de le confier aux animaux. Les moutons étant trop exposés aux attaques des chiens et d’une gourmandise incontrôlable, le recours aux grands animaux, vaches, chevaux, peut être envisagé et doit être encouragé et encadré.
Source :
Lurio des 4 saisons, l'écho de la Berre à la Nielle n°24 - Communauté de Communes de la contrée de Durban-Corbières et Lurio-addl - Imprimerie AEC


